Le cas Servier restera comme un modèle flagrant d’absence de gestion de crise. Retranché derrière sa muraille de chine, le laboratoire aura laissé s’installer tous les phantasmes médiatiques…sans défense, sans réplique. Un cas d’école d’une entreprise qui génère sa propre crise.
1 L’installation du discours dominant
Un livre d’info-indignation est publié par un médecin assoiffé de notoriété. Servier, selon cet ouvrage est responsable de 2000 morts. Bientôt les médias en décomptent 4000. L’inflation médiatique flambe.
Le ministre de la santé tire le parapluie et tire à boulets rouges : Servier, coupable, sera poursuivi et devra payer. Le parquet suit et lance une procédure pour escroquerie : les dommages et intérêts pourraient atteindre 1 milliard d’€uros.
Le ministre redéclenche le parapluie : les médecins ne sont pas responsables (sic) !
Puis il lance le fond d’indemnisation. Revoilà le coup de l’amiante : les contribuables paieront.
D’autant que la profession, via l’organisation LEEM, va flanquer à Servier le coup de pied de l’âne : exclusion du syndicat.
Le directeur de l’agence de santé est viré illico-presto. Il ne fallait pas qu’il ait appliqué les règles propres au médicament. Le ministre nettoie plus blanc que blanc.
1 Servier et la muraille de Chine
Alors que la presse harcèle l’entreprise, que le ministre voue le laboratoire aux gémonies, que les médias décompte les morts attribués au Médiator….Servier dresse sa muraille de Chine face à l’information. Dénégation molle, fausse acceptation réservée, timide position sur le fond d’indemnisation, refus de prise de parole, déclarations écrites maladroites, absence de porte -parole sérieux et ferme, vont ponctuer les épisodes du feuilleton a scandale dont Servier est devenu la vedette.
Face à ce déferlement médiatique le laboratoire Servier se retranche derrière sa muraille de Chine : pas de défense, pas de présence médiatique.
L’on aurait pu imaginer qu’un laboratoire “maison de recherche qui a pour mission de mettre à disposition des patients et des médecins des solutions thérapeutiques” (dixit) aurait a cœur de défendre griffes, canines, ongles et becs ses solutions thérapeutiques. Car comment peut-on accepter de se laisser égorger en quelques jours, après “50 ans de recherche et d’innovation”!!!
La liste des attaques mettant en cause les médicaments n’est probablement pas clause…puisque Servier ne réplique pas. Et pour parfaire le tableau le laboratoire a déclaré “être victime d’une manipulation”. L’argument habituel des entreprises qui se claquemurent derrière leur muraille de chine.
1 Le murmure derrière la muraille de chine
Mais la contre argumentation existe. Servier a publié un texte sur son site internet intitulé “Mediator les faits”. 10 pages formidablement argumentées…pleines d’enseignements précieux. Servier y annonce 3 points capitaux :
- Le Médiator n’a jamais été recommandé comme coupe faim
- Le Mediator est efficace contre le diabète
- Les autorités ont toujours été informées durant la vie du médicament.
Il n’y a aucune raison de douter de la sincérité des faits invoqués dans ce document. Il constitue l’argumentation de base de Servier.
Mais alors 3 interrogations :
- Pourquoi ce document est-il resté aussi confidentiel ?
- Pourquoi ce document est t-il aussi abscond ?
- Pourquoi l’argumentation n’a-t-elle pas été largement diffusée dans les médias ?
Le document de 10 pages intitulé “Médiator : les faits” est uniquement présent sur le site de l’entreprise. Il n’en existe aucune reprise dans les médias. L’entreprise semble se parler à elle-même. Il n’est pas étonnant que la presse ait continué à dérouler son propre discours basé sur la culpabilité. En conduite de crise, il existe une règle d’airain “les absents sont toujours coupables”.
Servier a enfin, il y a quelques jours envoyé une porte-parole sur le plateau de France 2 ….une seule fois. La porte-parole y a déclaré “nous sommes devenus le diable”. Non madame, les entreprises génèrent leur propre crise…et Servier a, seul, crée son propre enfer, en n’occupant pas le terrain de la communication et des médias.
1 Le combat pour la vérité
Servier n’a toujours pas compris la double attitude à aborder
- Engager un combat médiatique : depuis 1 an l’entreprise s’est défendue “à fleuret moucheté”, entre gens bien élevés, scientifiques et autorités. La gestion de crise est un combat de rue où tous les coups surgissent… de tous les côtés, même “amis”. Tant que Servier n’adoptera pas la même attitude de combat, la déferlante continuera. Servier n’est pas “devenu le diable”, mais la vedette d’un feuilleton a scandale, qui alimente quotidiennement les médias.
- La bataille de l’opinion se gagne au journal TV, pas à travers un document scientifique “les faits”, illisible et incompréhensible pour les journalistes. La bataille se gagne tous les jours sur les TV et radios, en occupant en permanence le champ médiatique 7/7 jours, 24/24 h à travers une cellule de crise. Chaque déclaration doit faire l’objet d’une mise au point, chaque sujet TV /radio doit faire l’objet d’une contre déclaration…tout en publiant des informations de manières proactives…et en proposant aux medias des porte-parole disponibles en permanence.
Le problème de Servier ne réside pas dans le choix d’une agence de communication. Aucune ne pourrait réussir face à l’attitude de repli que manifeste ce laboratoire.
Crise & Presse M a n a g e r
Pascal Ragot